Avant que le vêtement rejoigne le corps
Dénouer les goreum, les rubans d’une veste de hanbok, ouvre une silhouette photographique en pans de devant, col et manches. Refermer les pans enveloppe le torse ; les rubans maintiennent leur superposition. Le dongjeong, une bande suivant le col, dessine une ligne nette sous le visage. Jupe ou pantalon est une pièce distincte. Le contour achevé résulte de l’assemblage de ces éléments sur quelqu’un, et pas seulement du choix de deux couleurs.
Les bras passent dans les manches tandis que le cou trouve place dans l’ouverture du col. Fermer le devant et laisser un bras bouger sont deux fonctions. Serrer le ruban ne modifie ni largeur de manche ni construction de l’aisselle. La personne qui fabrique joint corps et manches ; celle qui porte dispose ensuite le devant dans cette structure. Les termes de notre référence sur le hanbok décrivent alors des gestes.
Les deux rubans ont des rôles différents. On fait d’abord un nœud avec le court au-dessus, puis on replie le long en dessous pour former une boucle. Le court entoure cette boucle ; on le tire derrière elle pour mettre l’attache en forme. Deux bandes retenant les pans deviennent nœud et boucle par des gestes successifs. Savoir s’habiller comprend quelle bande plier et laquelle déplacer, pas seulement reconnaître le résultat.
Une veste dont la longueur a changé
L’Encyclopédie de la culture coréenne résume les changements du jeogori féminin par des longueurs de 60 à 80 centimètres au XVIIe siècle, environ 45 au XVIIIe, 35 au XIXe et 22 au début du XXe. Ce sont les repères d’un récit d’histoire vestimentaire, pas une norme imposée à toutes les vestes d’une période. Ils rendent néanmoins tangible la différence entre un haut descendant vers la taille et un autre s’arrêtant près de la poitrine.
Remonter son bord inférieur augmente la surface visible de la jupe. La rencontre des couleurs remonte également, et la relation entre manches et corps change. Étaler une veste courte aux manches longues souligne une horizontale, tandis que la jupe produit un ample volume vertical. Raccourcir ne signifie donc pas seulement employer moins de tissu : les proportions de l’ensemble évoluent.
Le même article relève un allongement et un agrandissement des parties dans les années 1930–1940. L’histoire ne va pas continuellement vers moins de longueur. Les exemples de soie et de broche abordés plus loin appartiennent à ces autres changements pratiques. Les créateurs actuels ne sont pas les premiers à reconsidérer où finit la veste ou ce qui retient son devant.
Une couche, une doublure, un rembourrage ou un matelassage
Les termes hot, gyeop, som et nubi distinguent une construction simple, doublée, rembourrée ou matelassée. Ils décrivent couches et assemblage, pas une palette. Une seule couche constitue le corps du premier vêtement ; le deuxième associe tissus extérieur et intérieur ; le rembourrage ajoute un matériau entre eux. Le matelassage fait traverser les couches par des points répétés, laissant des lignes sur la surface. Des contours proches peuvent ainsi recouvrir des matières et un travail différents.
La photographie principale montre une veste matelassée du XIXe siècle conservée au musée mémorial Seok Juseon de l’université Dankook. Manches étendues, col croisé et rubans apparaissent avec de fines lignes parallèles dans le tissu violet. Ces lignes ne sont pas des rayures peintes. Le passage de l’aiguille retient les couches à cet endroit ; des rangées répétées multiplient les connexions sur une large surface. Ordre visuel et fixation intérieure viennent du même travail.
La notice de la veste retrouvée dans la tombe de Kim Deok-ryeong identifie du rembourrage, du coton grossier à l’extérieur et du chanvre à l’intérieur. La photographie laisse voir un corps ample, des manches déployées et des pans superposés. On choisit donc des textiles différents pour l’extérieur et la face proche du corps, avec un autre matériau entre eux. Un vêtement paraissant posséder une seule surface peut répartir plusieurs fonctions matérielles.

Doublure et broche dans les années 1940
Le musée national de Daegu présente une doublure dans une veste d’hiver en soie des années 1940, et une broche sur une autre veste fleurie.
Doublure et rembourrage sont des caractéristiques différentes. La doublure place un textile entre soie extérieure et corps ; un rembourrage ajoute encore une matière. Une vue extérieure ne montre pas tout cet agencement. À la fabrication, formes intérieure et extérieure doivent se rencontrer à leurs bords. Les empiler sans tenir compte de leurs dimensions peut tirer une couche ou amasser un excédent au bord lorsque la tenue bouge.
La broche transforme une autre fonction. Au lieu de nouer deux rubans, une pièce métallique retient le devant. Leur silhouette pendante diminue, tandis que position de fermeture et apparence changent ensemble. Corps et manches restent, mais un composant de fermeture est modifié. L’adaptation devient une décision sur une petite pièce réelle plutôt qu’un slogan séparant tradition et modernité.

Une fabrication de 1975 portée en 2003
Le Smithsonian documente le hanbok de Mary Kim, fait à Séoul en 1975 et porté au gala d’ouverture de l’Asian Art Museum de San Francisco en 2003.
Vingt-huit années séparent ces dates. Ce n’est pas seulement une tenue portée immédiatement à la sortie de l’atelier. Un vêtement peut être conservé, déplacé et ressorti pour une autre occasion. Ce hanbok relie fabrication et port dans deux lieux. Son histoire se poursuit après la transformation du tissu en objet achevé.
Une nouvelle rencontre avec le corps accompagne ce déplacement. Manches, épaules et fermeture doivent fonctionner pour la personne ; la pièce du bas complète les proportions. Trouver une autre occasion n’est pas changer uniquement un nom de lieu. Les éléments sont à nouveau assemblés sur quelqu’un. La tenue appartient à un événement passé et redevient une tenue en mouvement dans un autre.
Des décisions différentes pour le travail et l’école
Un reportage de Policy Briefing sur l’exposition de tenues de travail et d’uniformes scolaires de 2022 à Culture Station Seoul 284 rapporte l’explication du créateur Hwang Sun-tae : transférer lignes du col et du dongjeong dans des vêtements contemporains. Une robe d’uniforme utilisait boutons et fermeture à glissière. Une chemise révélait un motif traditionnel en ouvrant son col. Les choix concernaient encolure, fermeture et emplacement du motif plutôt que copie d’un ancien ensemble complet. Seoul Fashion Road présentait Seodamhwa, Guiroe, Ccomaque et Hanbok Studio Hyeon le 2 mai 2025.
Une robe relie haut et bas, réduisant la nécessité de placer deux pièces indépendantes. Boutons ou glissière ferment une ouverture à des points définis. Un motif à l’intérieur du col occupe une autre place qu’un décor visible immédiatement dehors : le vêtement se transforme lorsqu’on l’ouvre. Déplacer un élément familier vers un autre composant change le geste d’habillage et la surface visible.
Ce qui m’intéresse est la précision du choix. Garder une ligne de col en changeant la fermeture indique un ordre de travail : déterminer quoi transmettre, puis construire autrement cette partie. Pour une tenue ouverte et fermée à répétition, cet ordre se prolonge dans l’usage au-delà d’une seule image d’exposition.
Rapporter une tenue existante pour la modifier
En 2026, l’Institut coréen de promotion du hanbok annonce des retouches professionnelles pour les tenues conservées par des habitants de Sangju. C’était un programme du printemps.
Partir d’un ensemble existant plutôt qu’en acheter un autre modifie le problème. Il faut envisager ce qui ne convient plus : corps et manches sont-ils utilisables, fermeture ou longueur peuvent-elles changer, comment les tissus intérieur et extérieur bougent-ils ensemble ? Toutes les surfaces ne demandent pas d’être refaites, mais une partie modifiée doit rencontrer la structure gardée. Raccourcir une manche déplace par exemple son extrémité et sa rencontre avec les coutures voisines.
La retouche n’est pas l’inverse d’une création nouvelle. Dans le même vêtement, elle détermine les anciennes coupes à préserver et les parties à ajuster pour un corps ultérieur. L’annonce mettait le travail professionnel en contact avec des habits restés inutilisés. Chaque devenir individuel n’est pas documenté ici ; le point de départ était une tenue attendant de retrouver l’usage.
Un vêtement qui peut se refermer
Le hanbok conserve proportions changeantes, choix de textiles intérieur et extérieur, points reliant des couches et pièces fermant le devant. Matelassage du XIXe siècle, broche des années 1940 et glissière d’un uniforme contemporain résolvent différemment des tâches matérielles apparentées. Leur continuité ne se limite pas à un contour inchangé. La Corée reconnaissait la pratique du hanbok comme patrimoine immatériel national en juillet 2022.
Je vois une possibilité plus concrète dans le vêtement déplié, porté, fermé, entretenu et, si besoin, retouché. Conserver des points dans une veste de musée et ajuster une tenue actuelle sont des travaux différents, mais tous deux concernent le lien entre tissu et personnes. Les nouvelles scènes de la culture K actuelle reposent aussi sur matière et travail manuel. Une nouvelle occasion utilisable transmet davantage qu’une déclaration d’immobilité.
La continuité rend aussi construction et fermeture utilisables pour un autre corps, au-delà du seul contour conservé.
Sources et périmètre
Construction et longueurs du jeogori ↗2023-02-07Attache et nœud des goreum ↗2023-02-07Doublures et fermetures des vestes des années 1940 ↗Le hanbok de Mary Kim entre Séoul et San Francisco ↗Conception de tenues de travail et scolaires ↗2022-02-15Programme de retouches de Sangju en 2026 ↗2026-03-23Reconnaissance de la pratique du hanbok en 2022 ↗2022-07-21Présentation de créations à Séoul en 2025 ↗2025-05-13Veste matelassée du XIXe siècle. Musée mémorial Seok Juseon, université Dankook ; photographie via l’Encyclopédie de la culture coréenne.
Dankook University Seok Juseon Memorial Museum · KOGL Type 1 · WebP original inchangé ; filigrane d’attribution conservéMises à jour et corrections
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