Ce qui a fait sortir les gens dans la rue
Les photographies de la démocratie sud-coréenne montrent souvent des foules : des étudiants occupant une avenue, des familles portant des bougies, des manifestants levant des bâtons lumineux de concert. Ces images peuvent donner l'impression d'une suite de rassemblements qui auraient remplacé des présidents. Les raisons de descendre dans la rue étaient pourtant précises. Une élection avait été truquée. Un étudiant était mort pendant un interrogatoire policier. Des responsables avaient dissimulé les circonstances de sa mort. Un président avait envoyé des soldats à l'Assemblée nationale. Comprendre ces actes explique les rassemblements mieux que leur seule ampleur.
Les événements n'ont pas suivi le même parcours. La demande d'une élection honnête est devenue celle du départ d'un président. Une colère née dans les universités a gagné les lieux de travail et d'autres villes. Des revendications publiques ont rencontré des votes parlementaires et des décisions judiciaires. La révolution d'avril 1960, Gwangju en 1980, le mouvement de juin 1987, la destitution de 2016–2017 et la crise de décembre 2024 révèlent des avancées, mais aussi des retours en arrière. Les lieux de Corée sont ici des rues, des salles de vote, des locaux d'interrogatoire et des tribunaux où cette histoire s'est déroulée.
1960 : les bulletins manipulés et l'étudiant disparu à Masan
Le 15 mars 1960, la Corée du Sud organise des élections présidentielle et vice-présidentielle. Syngman Rhee et le Parti libéral au pouvoir cherchent à conserver leurs positions. La fraude ne consiste pas seulement à modifier des totaux après le dépouillement. Les Archives nationales décrivent des consignes secrètes : introduire des bulletins à l'avance dans les urnes, faire voter les électeurs en groupes permettant de vérifier leur choix, écarter les observateurs de l'opposition. Recevoir un bulletin ne garantit pas la liberté si quelqu'un peut contrôler le nom choisi. L'absence d'observateurs supprime aussi un moyen de vérifier le comptage.
À Masan, des habitants manifestent le jour du scrutin. La répression policière fait des morts et des blessés ; l'élève Kim Ju-yeol disparaît. Son corps est retrouvé en mer le 11 avril, avec un projectile lacrymogène logé dans l'œil. La découverte rapproche la fraude électorale d'une mort dont les circonstances exigent des réponses. À la demande d'un nouveau scrutin s'ajoute celle de comprendre les violences policières et d'en établir les responsabilités. Un étudiant disparu devient le centre d'une nouvelle mobilisation.
La colère gagne les universités de Séoul et d'autres villes. Le 18 avril, des étudiants de l'université Korea sont agressés par des hommes de main politiques alors qu'ils rentrent d'une manifestation. Le rassemblement est terminé, mais ses participants ne peuvent pas revenir en sécurité. Le conflit ne concerne plus seulement ce qui s'est passé dans les bureaux de vote : il pose la question du traitement réservé à ceux qui critiquent le pouvoir.
Le 19 avril, les tirs ; le 26, l'annonce du départ
Le 19 avril, étudiants, lycéens et autres habitants manifestent à Séoul. La police tire sur ceux qui approchent Gyeongmudae, la résidence présidentielle située sur le site associé ensuite à la Maison-Bleue. Des manifestations et des tirs se produisent également dans d'autres villes. Le gouvernement proclame la loi martiale, sans faire cesser les demandes de responsabilité après les morts et les blessures. L'élection destinée à prolonger le régime a au contraire fragilisé sa légitimité.
Le 25 avril, des professeurs d'université descendent à leur tour dans la rue. Une déclaration signée par 258 professeurs réclame des comptes sur la fraude et le départ du pouvoir ; étudiants et habitants rejoignent leur marche. Le remplacement de certains responsables ne suffit plus à un mouvement qui exige une réponse du président lui-même. Le lendemain, Rhee annonce qu'il démissionnera. Le mot « démission » désigne le résultat, mais ne dit pas ce qu'il a fallu pour l'obtenir : poursuivre les protestations malgré les tirs et les arrestations.
L'ouverture politique ne reste pas protégée. Le coup d'État militaire du 16 mai 1961 renverse la Deuxième République. Des citoyens avaient obtenu le départ d'un président ; ils n'ont pas empêché l'armée de prendre le pouvoir l'année suivante. La révolution d'avril laisse l'expérience d'une action publique capable de changer le pouvoir, avec une difficulté persistante : gagner des droits ne suffit pas à maintenir les institutions qui les protègent.
Gwangju, 1980 : la violence déborde les portes de l'université
Au printemps 1980, les demandes de démocratisation se développent. Le 17 mai, la loi martiale d'urgence est étendue à l'ensemble du pays. Le lendemain, des étudiants affrontent les troupes aéroportées devant l'université nationale de Chonnam, à Gwangju, pour protester contre l'interdiction d'entrer sur le campus. La répression ne reste pas aux portes de l'établissement. Dans les rues, les habitants voient des passages à tabac et des arrestations ; de nouvelles personnes rejoignent les protestations.
Le 20 mai, des taxis, des autobus et d'autres véhicules prennent part aux cortèges. Les étudiants sont désormais rejoints par des personnes dont le travail quotidien les fait circuler dans la ville. Geumnam-ro et les abords du siège du gouvernement provincial deviennent des points de rassemblement. Le 21, les soldats ouvrent le feu collectivement devant ce bâtiment ; des citoyens prennent ensuite les armes. Montrer seulement des combattants civils armés ferait disparaître la séquence précédente de violences militaires et de tirs.
Après le retrait des troupes du centre, des groupes de citoyens et d'étudiants s'organisent autour du bâtiment provincial. Ils soignent les blessés, distribuent de la nourriture et cherchent à négocier la libération des personnes arrêtées ainsi qu'une issue à la crise. Ils ne partagent pas toutes les décisions. Certains souhaitent rendre les armes et négocier ; d'autres défendent la poursuite de la résistance. L'entraide dans la ville s'accompagne de choix difficiles pour sauver des vies et éviter de nouveaux dommages.
Avant l'aube du 27 mai, les troupes pénètrent dans le bâtiment provincial et les autres positions principales, puis répriment le soulèvement. Les familles doivent encore retrouver leurs proches morts, blessés ou disparus. Les survivants subissent arrestations, interrogatoires, stigmatisation et pressions pour se taire. La conservation des archives et les recherches sur les faits se poursuivent pendant des années : il reste à faire reconnaître publiquement les violences de l'État, leurs victimes et les responsabilités. La fin de la résistance armée ne met pas fin aux conséquences.

1987 : la mort dans une salle d'interrogatoire
Le 14 janvier 1987, Park Jong-cheol, étudiant à l'université nationale de Séoul, meurt pendant un interrogatoire dans les locaux de la police anticommuniste de Namyeong-dong. Les policiers cherchent à connaître l'endroit où se trouve un étudiant plus âgé et lui infligent des tortures par l'eau. Leur première explication dissimule ces violences. L'autopsie, les enquêtes journalistiques, des témoignages et les révélations suivantes contredisent cette version. L'institution responsable cherche aussi à déterminer ce que le public pourra apprendre.
Alors que les demandes de vérité se poursuivent, le président Chun Doo-hwan annonce le 13 avril qu'il maintiendra la Constitution existante. Cette « mesure de défense de la Constitution » refuse la réforme vers l'élection présidentielle directe et conserve le mode de sélection indirecte. La responsabilité dans la mort d'un étudiant rejoint la question du choix du prochain président. Le pouvoir résiste aux demandes d'explication tout en fermant l'accès des électeurs à ce choix.
En mai, l'Association des prêtres catholiques pour la justice révèle la dissimulation et les efforts pour limiter les responsabilités dans l'affaire Park. Le 9 juin, Lee Han-yeol, étudiant à Yonsei, est atteint à la tête par un projectile lacrymogène policier pendant une manifestation. Il reste dans un état critique durant l'extension des protestations et meurt le 5 juillet. Le mouvement de juin se développe ainsi entre une mort déjà survenue et la crainte d'une autre. Les blessures et leur dissimulation rendent urgente une dispute qui dépasse les mots d'un texte constitutionnel.
De Myeongdong à l'élection présidentielle directe
Le 10 juin, des manifestations nationales dénoncent la dissimulation et réclament le changement constitutionnel. Le sit-in de la cathédrale de Myeongdong devient un point de rassemblement durable. Des soutiens apportent eau, nourriture et médicaments. Des employés de bureau viennent à la pause déjeuner ou après le travail ; leur présence est associée au surnom de « brigade des cravates ». Une mobilisation organisée dans les universités rencontre ainsi d'autres horaires de travail et d'autres possibilités de présence.
D'autres villes ont leurs lieux de protestation, notamment le centre catholique de Busan et les secteurs proches des gares et des lieux industriels à Incheon. La participation se prolonge dans des luttes sur les salaires, le temps de travail et les droits syndicaux. L'élection directe constitue une revendication centrale, mais l'expérience d'une action collective touche également la possibilité de prendre la parole et de négocier dans la vie professionnelle.
Le 29 juin, Roh Tae-woo, figure du parti au pouvoir, annonce l'acceptation de l'élection présidentielle directe et d'autres réformes. Une révision constitutionnelle suit ; les électeurs choisissent directement leur président en décembre. Roh remporte l'élection. L'ouverture d'un accès électoral ne fait donc pas immédiatement élire une personnalité sans liens avec le régime militaire précédent. Elle élargit toutefois les moyens de choisir le pouvoir et, plus tard, de lui demander des comptes. Le changement institutionnel et le résultat particulier du scrutin sont liés, sans être la même chose.
2016–2017 : influence privée, bougies et destitution
En 2016, les révélations concernent Choi Seo-won, alors connue sous le nom de Choi Soon-sil, qui n'occupe aucune fonction publique dans le gouvernement de Park Geun-hye. La Cour constitutionnelle examine la transmission de documents présidentiels, les commentaires et corrections de Choi, ainsi que son intervention dans les nominations et le fonctionnement de fondations. L'enjeu dépasse le conseil privé donné à un président : une personne hors des responsabilités et du contrôle officiels a accès à l'information et à l'influence de l'État.
Des citoyens demandant des comptes et le départ de Park se rassemblent avec des bougies. Les photographies montrent des familles et plusieurs générations. Le 9 décembre 2016, l'Assemblée nationale vote la mise en accusation ; l'exercice des pouvoirs présidentiels est suspendu pendant que la Cour constitutionnelle examine si les violations justifient une destitution. La rue rend visible une exigence de responsabilité, tandis que les institutions avancent selon leurs compétences.
Les audiences suivent aussi l'argent et le fonctionnement des organisations. Des entreprises financent les fondations Mir et K-Sports, mais leurs grandes décisions sont prises par Park et Choi plutôt que par les contributeurs. Choi fait conclure des contrats entre une fondation et une société publicitaire qu'elle dirige. Des collaborateurs présidentiels, suivant des instructions, demandent aussi à des entreprises de recruter certaines personnes ou d'effectuer certaines transactions. L'autorité publique et des fonds réunis pour une finalité présentée comme publique servent ainsi des intérêts privés. La Cour constate des atteintes aux droits de propriété et à la liberté de gestion des entreprises, ainsi qu'au devoir présidentiel d'exercer impartialement la fonction.
La dissimulation compte dans la décision. Nier l'intervention privée et cacher les faits limite les possibilités d'enquête parlementaire et de contrôle par les médias. La Cour évalue la continuité des violations et l'absence de volonté démontrée de respecter les limites constitutionnelles. Elle ne juge pas simplement une politique peu réussie, mais l'usage privé du pouvoir et l'obstruction à sa surveillance.
Toutes les accusations ne sont pourtant pas retenues. Certaines concernant les nominations ou les pressions sur une entreprise de presse manquent de preuves suffisantes reliant l'intervention présidentielle à un intérêt privé. À propos de la catastrophe du ferry Sewol, la majorité estime que l'obligation abstraite d'exercer diligemment la fonction ne peut, à elle seule, établir un motif juridique de destitution. Deux juges critiquent dans une opinion complémentaire la manière dont les devoirs ont été remplis, sans en faire non plus un motif suffisant. Cette distinction ne clôt pas le débat public sur la catastrophe ; elle explique le standard appliqué dans ce procès pour mettre fin au mandat.
Le 10 mars 2017, la Cour constitutionnelle destitue Park. Les rassemblements n'ont pas remplacé le jugement, mais la demande de responsabilité a atteint un vote parlementaire et une décision judiciaire mettant fin à une présidence. L'élection suivante et les procédures pénales poursuivent leurs propres parcours. La proclamation de décembre 2024 obligera plus tard les mécanismes de contrôle à fonctionner de nouveau, dans un contexte différent.
Le 3 décembre 2024, une compétence militaire entre dans la vie politique
Le soir du 3 décembre 2024, Yoon Suk Yeol annonce à la télévision la loi martiale d'urgence. La Cour constitutionnelle situe la déclaration vers 22 h 27. Le président évoque les procédures de mise en accusation soutenues par l'opposition et des réductions budgétaires, qu'il présente comme une paralysie de l'État. Ce sont ses raisons déclarées. La question de savoir si elles constituent l'urgence exigée par la Constitution sera ensuite examinée par les juridictions.
L'article 77 prévoit la loi martiale en cas de guerre, de conflit armé ou d'urgence nationale comparable, lorsque des nécessités militaires ou le maintien de la sécurité et de l'ordre publics l'exigent. Il ne s'agit pas d'une compétence ordinaire pour régler rapidement un désaccord politique. Dans la vie civile, adhérer à un parti, manifester ou critiquer le gouvernement ne dépend pas d'une autorisation du commandement militaire. La déclaration cherche précisément à introduire l'autorité militaire dans cet ordre civil.
Le chef d'état-major de l'armée de terre Park An-su, nommé commandant de la loi martiale, publie la proclamation no 1. Elle interdit les activités politiques, y compris celles de l'Assemblée nationale, des conseils locaux et des partis, et place la presse et l'édition sous contrôle militaire. L'Assemblée figure donc parmi les institutions interdites d'activité, alors qu'elle a le pouvoir constitutionnel d'exiger la levée de la loi martiale. Le contrôle de l'urgence risque d'être paralysé par l'urgence elle-même.
La proclamation indique une application à 23 heures, mais la Cour en situe la publication effective vers 23 h 23. Des garanties procédurales manquent aussi. La présence de ministres ne constitue pas une véritable délibération du Conseil des ministres, juge la Cour. Le document ne porte pas les contreseings du Premier ministre et des ministres concernés ; l'Assemblée ne reçoit pas la notification officielle requise. Les procédures permettant d'examiner la décision, d'en assumer la responsabilité et de déclencher le contrôle parlementaire n'ont pas été respectées.
Maintenir une salle où l'Assemblée peut voter
Selon l'article 77, paragraphe 5, le président doit lever la loi martiale si la majorité de l'ensemble des membres de l'Assemblée le demande. Mais les députés doivent pouvoir atteindre l'hémicycle et y prendre une décision. L'accès au Parlement devient donc, après la proclamation, une question concrète de fonctionnement constitutionnel.
La Cour établit les déplacements et les ordres avec précision. Quatre-vingt-dix-sept membres du 707e groupe de missions spéciales se rendent à l'Assemblée en hélicoptère. Vers 0 h 33, le 4 décembre, seize d'entre eux brisent deux fenêtres du côté droit du bâtiment principal et entrent. Des militaires de la 1re brigade aéroportée pénètrent également dans l'enceinte. Employés de l'Assemblée et collaborateurs des députés empilent du mobilier, utilisent des extincteurs et font obstacle avec leur corps. Des personnes sont blessées ; bâtiments et équipements sont endommagés.
La Cour retient également qu'à environ 0 h 30 Yoon appelle le commandant des opérations spéciales : le quorum ne lui semble pas encore atteint, et il demande de casser les portes pour faire sortir de force les personnes à l'intérieur. Yoon nie avoir donné l'ordre. Les juges examinent les témoignages des commandants, la réunion des députés dans l'hémicycle et des propos transmis par un microphone ouvert pendant une réunion d'unité. Ils n'acceptent pas sa dénégation et rapprochent l'ordre d'une tentative de réduire physiquement le nombre de personnes pouvant voter.
Les troupes n'entrent pas dans l'hémicycle. Les obstacles dans les couloirs et aux portes donnent aux députés le temps de se réunir. Après avoir confirmé le vote demandant la levée, le commandant ordonne l'arrêt de la mission et le retrait. La garantie constitutionnelle dépend de la possibilité de garder une pièce accessible assez longtemps pour décider.
Vers 1 h 02, les 190 députés présents votent tous la résolution demandant la levée. Celle-ci oblige constitutionnellement le président à agir. Yoon annonce la levée vers 4 h 20 ; le Conseil des ministres prend sa décision vers 4 h 29. Le vote, l'annonce présidentielle et la décision ministérielle sont des étapes successives, et non un unique renversement instantané.


Après la levée, deux votes de mise en accusation
Lever la loi martiale n'efface pas la responsabilité de l'avoir proclamée ni d'avoir envoyé des soldats. La procédure de destitution examine si les violations constitutionnelles et légales du président sont suffisamment graves pour mettre fin à son mandat. L'enquête et le procès pénal vérifient si des actes particuliers remplissent les éléments d'une infraction et méritent une peine. Les procédures partent de la même crise, mais leurs questions et leurs critères diffèrent.
Le premier vote, le 7 décembre, n'atteint pas le quorum nécessaire. Pour le président, la mise en accusation exige au moins deux tiers des membres, soit 200 sur 300. La plupart des députés du parti gouvernemental ne participent pas. La fin de la loi martiale et la force des demandes publiques ne suppriment pas cette condition parlementaire.
Le 14 décembre, la deuxième motion est adoptée par 204 voix favorables sur 300 membres. L'exercice des pouvoirs présidentiels est suspendu. Il ne s'agit pas encore de la destitution : la Cour constitutionnelle doit examiner les motifs transmis par l'Assemblée. Les foules et les bâtons lumineux devant le Parlement constituent le contexte public de décisions que chaque institution doit prendre selon sa compétence.
Hannam-dong : le mandat s'arrête devant une barrière
Les enquêteurs veulent obtenir la présence de Yoon pour l'interroger. Le 3 janvier 2025, l'Office d'enquête sur la corruption des hauts responsables, généralement désigné par le sigle anglais CIO, et la police tentent d'exécuter un mandat d'arrestation à la résidence présidentielle de Hannam-dong, à Séoul. Le service de protection présidentielle s'y oppose ; l'opération s'arrête après une confrontation. Un tribunal a délivré le mandat, mais il faut encore atteindre la personne derrière l'entrée protégée.
Assurer la sécurité du président et contrôler une enquête pénale sont des pouvoirs différents. Le camp de Yoon conteste la compétence du CIO et la légalité du mandat ; les enquêteurs cherchent à exécuter la décision judiciaire. Le désaccord prend la forme de restrictions d'accès, de positions occupées par le personnel et d'obstacles à la circulation des agents.
Le procès ultérieur examine les barrages de véhicules, les chaînes humaines et la force exercée contre les enquêteurs. Après le premier échec, des préparatifs visent encore à empêcher une nouvelle exécution : clôtures de fil métallique, obstacles, exercices de formation en barrage humain et patrouilles montrant une force de dissuasion. La Cour suprême maintient le constat de la cour d'appel : ordonner ces actions pour entraver le mandat ne constitue pas une protection présidentielle légitime.
Sur la compétence, elle juge que l'immunité du président en exercice contre les poursuites n'interdit pas tout acte d'enquête. Dans cette affaire, le CIO a effectivement enquêté sur un abus d'autorité relevant de sa compétence, puis constaté des soupçons d'insurrection directement liés. Les dispositions de sa loi sur les infractions connexes couvrent cette enquête. Il s'agit d'une conclusion sur ces infractions et leur relation, pas d'une autorisation générale d'enquêter sur n'importe quel crime.
La présence alléguée de secrets militaires ne donne pas non plus un droit illimité de refuser une perquisition. Il faut des raisons concrètes et objectives de craindre un dommage à un intérêt national majeur. La Cour n'en retient pas dans cette affaire : le responsable de la protection n'a pas présenté la justification nécessaire. Elle maintient le caractère illégal du refus et la légalité de l'exécution du mandat de perquisition.
L'affaire distincte d'entrave à l'arrestation et d'infractions associées aboutit à cinq ans d'emprisonnement en première instance, puis sept en appel. Le 9 juillet 2026, la Cour suprême rend cette décision définitive, rejetant les recours du prévenu et du procureur spécial. Les chefs restent néanmoins distincts. La fabrication d'un faux document de proclamation peut être punie sans que son simple rangement dans un tiroir constitue un usage du faux. L'acquittement sur ce dernier point est maintenu. Un titre annonçant la condamnation ne décrit donc pas toutes les conclusions du dossier.

Les manifestants « Kisses » dans la neige
Après l'échec du premier mandat, des personnes demandant la destitution restent mobilisées près de la résidence. Dans la nuit du 4 au 5 janvier, elles demeurent dehors sous la neige, enveloppées de couvertures de survie argentées. Leurs silhouettes arrondies rappellent l'emballage des chocolats Hershey's Kisses : les surnoms « manifestants Kisses » et « brigade Kisses » se répandent. Ils décrivent une scène et ses participants, plutôt qu'une organisation unique officiellement constituée.
Rester dehors plusieurs heures exige de se réchauffer, de manger et de trouver un endroit où se reposer. Les reportages contemporains montrent des espaces de repos proches et des repas envoyés par des soutiens. Les personnes assises dans la rue font partie d'un effort auquel contribuent aussi ceux qui offrent des ressources et un abri. Les bâtons lumineux de la K-culture deviennent un symbole visible ; les couvertures permettent de continuer à être là.
La neige n'est pas un décor : elle impose des conditions à supporter. Pendant que le mandat reste inexécuté, l'enquête prend du retard. Rester près de la résidence prolonge l'exigence de son exécution. Couvrir une personne, lui envoyer un repas chaud, ouvrir un lieu de repos relient la protestation au travail nécessaire pour passer la nuit. L'image argentée contient aussi ce travail et ces soins.
Le 15 janvier : l'arrestation, puis un nouvel examen
Le 15 janvier, à 10 h 33, le CIO et la police arrêtent Yoon lors d'une seconde exécution du mandat, douze jours après l'arrêt de la première. Ils ont obtenu sa garde ; l'arrestation n'établit pas sa culpabilité sur l'ensemble des soupçons.
L'arrestation initiale et le maintien en détention suivent des étapes différentes. Pour prolonger la privation de liberté au-delà de la première période, il faut un nouvel examen judiciaire de ses conditions et de sa nécessité. Yoon comparaît pour cet examen au tribunal du district ouest de Séoul le 18 janvier. La délivrance du mandat de détention est annoncée dans les premières heures du 19. Arrestation, audience et mandat ultérieur sont trois actes successifs.
La Cour constitutionnelle examine en même temps la mise en accusation. Le maintien du mandat présidentiel et l'enquête sur d'éventuels crimes suivent des voies parallèles. La destitution ne serait pas elle-même une condamnation pénale ; l'arrestation ne dispense pas du procès constitutionnel. Ces questions différentes expliquent pourquoi plusieurs décisions concernant la même personne apparaissent simultanément dans l'actualité.
Le 19 janvier, le tribunal est attaqué
Après l'annonce du mandat de détention, certains soutiens de Yoon entrent dans le tribunal du district ouest et détruisent des installations. La décision de prolonger la détention déclenche directement cet épisode. Il s'agit d'un événement distinct de l'obstruction devant la résidence et des rassemblements demandant la destitution. Le bâtiment où la décision a été prise, ainsi que le travail des personnes qui l'utilisent, deviennent la cible.
Une décision judiciaire peut être critiquée et contestée par les voies prévues. Cela ne permet pas de détruire du matériel, de pénétrer dans des bureaux ni de menacer des personnes. À l'inverse, être présent à un rassemblement près du tribunal ne prouve pas que chacun a participé à l'attaque. La responsabilité pénale dépend d'actes particuliers et d'éléments de preuve.
La confrontation commence avant la délivrance du mandat. Pendant l'audience du 18 janvier, des soutiens se réunissent ; le soir, certains cherchent à franchir le portail arrière. Des véhicules emportant les agents du CIO après l'audience sont bloqués. Un dossier ensuite confirmé par la Cour suprême décrit des coups sur les vitres à l'avant et une chaîne humaine à l'arrière empêchant de reculer. Les agents ont terminé leur travail, mais ne peuvent pas quitter les lieux.
Le compte rendu présenté au Parlement le lendemain rend la succession des événements plus lisible. Le 20 janvier, Cheon Dae-yeop, à la tête de l’administration judiciaire, expliqua que le CIO avait reçu le mandat matériel et les pièces vers 2 h 53, que le tribunal avait annoncé la décision vers 2 h 59, puis que la presse l’avait relayée autour de 3 heures. Son rapport initial situait l’entrée dans l’enceinte après franchissement du barrage policier vers 3 h 07, puis l’entrée dans le bâtiment par les portes et fenêtres endommagées vers 3 h 21. Ces horaires du lendemain doivent rester distincts des précisions du livre blanc et des jugements ultérieurs. L’annonce, l’entrée dans l’enceinte et l’intrusion intérieure furent des étapes successives.
Le bureau de permanence traite normalement les mandats pendant la nuit. Il devint aussi un espace où bloquer l’entrée et chercher refuge. Bae Hyeong-won, adjoint à l’administration judiciaire, rapporta à la commission que des employés avaient déplacé un distributeur pour obstruer l’accès, puis s’étaient repliés à l’étage quand la vitre du bureau avait été brisée et des personnes étaient entrées. Il signala également les dommages aux équipements de vidéosurveillance et leur récupération en cours. Le livre blanc ultérieur mentionne deux employés et un policier blessé réfugiés dans la pièce de repos nocturne. Protéger l’entrée et les personnes à l’intérieur se déroulait simultanément. Parler seulement de dégradation matérielle masque les dommages au matériel de travail et la recherche d’un refuge face au même danger.
L’évacuation ne s’acheva pas avec la montée sur le toit. Le rapport lu à la page 5 du procès-verbal parlementaire décrit des employés plaçant des chaises contre l’accès au toit pour prévenir une nouvelle intrusion. Ils gagnèrent ensuite le local technique du deuxième sous-sol, par crainte d’une autre entrée, et attendirent que la situation extérieure se stabilise. Toit et sous-sol n’étaient pas simplement des positions dans un bâtiment : il fallait s’y protéger et décider d’un nouveau déplacement. Cette évacuation interdit de raconter l’attaque comme si le tribunal avait été vide ou le danger limité à l’extérieur.
Certains intrus atteignirent le septième étage, où se trouvaient les bureaux des juges. Cheon évoqua la recherche du juge du mandat et les dégâts dans son bureau ; les jugements devenus définitifs dans cette affaire décrivent des actes précis, dont une porte frappée du pied, sa serrure endommagée et des bureaux fouillés. Le soupçon d’un responsable lors du rapport ne prouve pas un plan préalable de tous les participants. Selon le compte rendu initial, la police commença à intervenir et arrêter à l’intérieur vers 3 h 32 et en avait fait sortir les intrus vers 5 h 15. La confrontation extérieure continua ; la plupart des personnes auraient quitté les abords vers 7 h 28. Sécuriser l’intérieur et apaiser les alentours constituait deux moments différents.
Reprendre audiences et accueil du public dès le lendemain ne signifiait pas que tous les dommages avaient été réparés. Cheon rapporta le 20 janvier que le soutien en personnel et en installations permettait le travail de la journée. Dans l’après-midi, il expliqua que des employés exprimaient un traumatisme psychologique et qu’une prise en charge durable était préparée. Les questions parlementaires demandaient aussi si la réouverture rapide laissait assez de place au rétablissement. Remplacer fenêtres, portes, ordinateurs et systèmes de surveillance ou d’accès, servir les justiciables et rendre un sentiment de sécurité aux personnes menacées ne progressent pas au même rythme. Entre des portes rouvertes et une attaque réellement terminée subsiste cet écart.
Le 30 avril 2026, dans l'affaire 2026도999, la Cour suprême confirme des jugements concernant les intrusions, l'obstruction aux agents, la séquestration d'employés dans leurs véhicules et les dommages matériels. Selon les actes, les prévenus reçoivent des peines de prison ferme, avec sursis ou des amendes. La justice ne punit pas globalement une présence à la manifestation : elle examine jusqu'où chacun est entré et ce qu'il a fait. L'intrusion avec la force d'un groupe et l'intrusion individuelle sont aussi distinguées. Cette décision ne clôt pas tous les procès liés à l'attaque.
Une procédure civile suit pour les réparations. Selon l'annonce de la Cour suprême, une action est engagée le 26 août 2026 contre cinq participants dont la culpabilité est définitive, pour environ 1,176 milliard de wons de frais de remise en état et des intérêts de retard. Il s'agit d'une somme demandée, non d'un paiement déjà réalisé ou d'une indemnité déjà définitivement accordée. Sa portée et sa date de calcul diffèrent de l'estimation initiale des dommages dans le livre blanc. Après l'évacuation des intrus, il reste à réparer un équipement public et à déterminer qui en supportera le coût.
L'entrée des militaires au Parlement et l'attaque du tribunal ont des auteurs et des qualifications différents. Notre lecture y voit cependant une question commune : peut-on arrêter physiquement une institution parce qu'elle prend une décision défavorable ? Le vote parlementaire et l'examen d'un mandat ne servent pas seulement ceux qui approuvent leurs conclusions. L'attaque d'un lieu où le désaccord devrait pouvoir être traité sans menace constitue un dommage qui dépasse le prix des fenêtres brisées.
La destitution du 4 avril et les procès qui continuent
Le 4 avril 2025, la Cour constitutionnelle destitue Yoon. La décision situe son prononcé à 11 h 22. La proclamation et les actes suivants sont examinés au regard de la Constitution et des lois. Les présenter comme un acte supérieur de gouvernement ne permet pas d'échapper au contrôle juridictionnel. Les pouvoirs d'urgence restent soumis à leurs conditions de déclenchement et à leurs garanties.
Yoon affirme que la loi martiale constituait un avertissement adressé au public sur l'opposition et que sa levée rapide réduisait la gravité des violations. La Cour rejette cet argument. Dès que la proclamation limite les activités politiques et les droits fondamentaux, et que les soldats gênent l'exercice des pouvoirs de l'Assemblée, l'ordre constitutionnel est atteint. La résolution a pu être votée, explique-t-elle, grâce à la résistance des citoyens et à l'exécution réticente des missions par les militaires et policiers, plutôt que parce que le président aurait garanti la liberté de l'Assemblée. Se conformer à la levée n'efface pas les actes antérieurs.
Des soldats sont également envoyés à la Commission électorale nationale. La Cour considère que l'occupation de ses locaux et les recherches et saisies ordonnées sur les systèmes d'information, au nom de soupçons de fraude, portent atteinte à son indépendance. Obstruction au Parlement, intervention dans l'administration électorale et interdiction de l'expression politique touchent des institutions et des droits distincts. Leur ensemble conduit les juges à estimer que protéger la Constitution par la destitution l'emporte sur l'intérêt de maintenir le président en fonction.
L'élection liée à la vacance de la présidence et la transition politique ne mettent pas fin aux enquêtes. Le 19 février 2026, la 25e formation pénale collégiale du tribunal central de Séoul condamne Yoon à la réclusion à perpétuité en première instance dans l'affaire de direction d'une insurrection et d'abus d'autorité entravant l'exercice de droits. Les autres prévenus n'obtiennent pas tous le même résultat : rôles et preuves conduisent à des déclarations de culpabilité, des acquittements et des peines différentes.
Les juges donnent un poids important au devoir présidentiel de protéger la Constitution, à une déclaration sans urgence légale et à la tentative de bloquer l'Assemblée avec l'armée et la police. Ils considèrent les atteintes à la neutralité politique de ces institutions, la situation des subordonnés devant des ordres dont ils doivent apprécier la légalité, ainsi que les coûts sociaux d'une nouvelle présidentielle et d'enquêtes et procès considérables. Ils prennent aussi en compte la durée relativement courte, la retenue dans l'usage de la force sans blessure mortelle et l'absence de mise en œuvre de plusieurs projets. Le fait de ne pas atteindre le but ne suffit pas à supprimer la responsabilité.
En octobre 2026, cette affaire principale est encore en appel. La perpétuité de première instance ne peut donc pas être présentée comme une peine définitive. Les sept ans dans l'affaire distincte d'obstruction à l'arrestation le sont depuis juillet. Même issus d'une seule proclamation, les dossiers portent sur des actes et des stades judiciaires différents. Après la fin du mandat, les tribunaux continuent de déterminer les responsabilités particulières.
Une salle pour voter, une entrée pour exécuter le mandat
En 1960, il existe des bulletins de vote, mais des dispositifs permettent de contrôler le choix des électeurs. En 1987, le président n'est pas élu directement et il faut rendre public ce qui s'est passé dans un interrogatoire. En 2024, l'élection directe et le pouvoir de lever la loi martiale existent, mais il faut encore bloquer les soldats pour laisser les députés atteindre l'hémicycle. Les façons d'empêcher les droits, comme les actions nécessaires pour les exercer, changent selon les périodes.
À la résidence, l'entrée du mandat est barrée ; au tribunal, les lieux où il est examiné sont attaqués. Pour passer une nuit à Hannam-dong, les manifestants ont besoin de personnes préparant couvertures, repas et espaces de repos. Au tribunal, les employés reviennent après leur fuite et poursuivent leur travail malgré les équipements cassés. Sous les grandes décisions, il y a le travail de protéger des personnes et des lieux qui rendent la décision et son exécution possibles.
Aboutir à des destitutions et à des jugements constitue un résultat important de la démocratie sud-coréenne. Le coup d'État après la révolution d'avril et la proclamation après la démocratisation montrent aussi que les droits acquis peuvent être menacés de nouveau. Une décision défavorable peut être contestée par le droit, sans autoriser à empêcher par la force le vote, l'enquête ou le jugement d'autrui. Maintenir cette possibilité exige du travail entre deux manifestations ou deux élections.
Les droits exigent aussi des lieux où voter, enquêter et juger. Les événements sud-coréens montrent comment ces conditions ont été obtenues, maintenues et menacées de nouveau.
Sources et périmètre
Chronologie de la révolution d’avril 1960 ↗La période de la révolution d’avril et la rupture de 1961 ↗Gwangju et les mobilisations démocratiques de 1987 ↗Les archives de Gwangju inscrites à la Mémoire du monde ↗Constitution : procédure de destitution, article 65 ↗1987-10-29Constitution : levée de la loi martiale, article 77 ↗1987-10-29Résumé du jugement de destitution de Park Geun-hye ↗2017-03-10Bulletin de la Cour : les événements de décembre 2024 ↗Résumé du jugement de destitution de Yoon Suk-yeol ↗2025-04-04Une analyse de 2017 sur les générations et les rassemblements ↗2017Chronologie de l’affaire Yoon Suk-yeol : jurisprudence constitutionnelle ↗2025-04-04Consignes et méthodes de fraude électorale du 15 mars ↗La manifestation des professeurs du 25 avril ↗Déroulement du mouvement du 18 mai ↗Le mouvement démocratique du 10 juin ↗Archives de Park Jong-cheol et du mouvement de juin ↗Décision 2024헌나8 et principales constatations ↗2025-04-04Décision définitive 2026도6500 : obstruction à l’arrestation ↗2026-07-09Les manifestants Kisses pendant la nuit enneigée ↗2025-01-05Seconde exécution du mandat d’arrestation de Yoon ↗2025-01-15Livre blanc du tribunal du district ouest sur les violences du 19 janvier ↗2025-12-23Décision définitive 2026도999 : intrusions au tribunal ↗2026-04-30Action civile pour les frais de réparation du tribunal ↗2026-08-27Jugement de première instance 2025고합129 sur l’insurrection ↗2026-02-19Audience d’appel de l’affaire d’insurrection en octobre 2026 ↗2026-10-06Procès-verbal parlementaire du 20 janvier 2025 ↗2025-01-20Texte du jugement 2026 Do 999 de la Cour suprême ↗2026-04-30Jugement d’appel 2025 No 2439 ↗2025-12-29Manifestation devant Gwanghwamun, à Séoul, le 26 novembre 2016.
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